Ils vont et viennent, vêtus de jerseys flottants, superposés et à moitié enfilés, longues robes soyeuses pour certaines étoiles, pieds nus parfois, cheveux en liberté ou chignons serrés. L'inégalable élégance du danseur flâne dans les couloirs de l'Opéra, dans ses sous-sols, ses recoins inconnus du public, ses lieux magiques, souvent fantasmés. C'est une séance photo. Un instant en suspension entre deux chapitres d'une longue histoire, entre deux manières d'entendre la danse. Une période de légère inquiétude, aussi. Brigitte Lefèvre, directrice de la danse à l'Opéra de Paris, vient de tirer sa révérence après vingt ans de règne.
Juste une infime distance
Les étoiles qui se sont prêtées à notre article ont grandi sous sa tutelle, n'ont connu qu'elle. La grande dame. Sa voix, son maintien, ses audaces, sa chevelure rousse. Et soudain, le 15 octobre dernier, son remplaçant, Benjamin Millepied, 37 ans, chorégraphe, star outre-Atlantique, silhouette fine vêtue de noir, chic, sobre, barbe de trois jours soigneusement entretenue, de la même génération que ceux qu'il gouverne depuis un mois – certaines étoiles sont plus âgées que lui. Epoux, de surcroît, d'une star de Hollywood, Natalie Portman. Millepied s'introduit dans la séance, se fond dans le groupe, plaisante, chipe une poignée de fruits secs sur le buffet. On lui fait place, on lui répond sur le même ton. Rien à voir avec le respect marqué que Brigitte Lefèvre suscitait chez les danseurs ou celui, pétrifié, réservé à Rudolf Noureev, qui l'a précédée au même poste. Non, juste une infime distance...
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